Devise d'Essipit

POUR NOS PÈRES ET NOS ENFANTS

Revendications particulières

UN DÉFICIT DE 133 ACRES À COMBLER

La Première Nation des Innus Essipit déposait, en 1992, une revendication devant le tribunal des Revendications particulières suite à des recherches en archives amorcées dans le cadre des discussions concernant le statut de ses terres de réserve. Il est apparu à ce moment qu’en 1892, le Canada a été négligent dans le processus de création et d’acquisition des terres. La petite superficie de notre réserve a toujours constitué un enjeu majeur pour Essipit, et on estime que le règlement de cette revendication particulière permettrait de consolider le patrimoine foncier de notre communauté.

Si l’on demande au tribunal de reconnaître une superficie initiale de 230 acres, c’est parce qu’il s’agit du chiffre convenu et accepté par le Canada lorsque fut délimitée la réserve. Il est clair qu’à cette époque, le Canada a manqué à son obligation de fiduciaire en ne travaillant pas « dans l’intérêt des Indiens » comme il était censé le faire, et en ne prenant même pas la peine de consulter les Innus Essipit quant à la superficie de leur territoire. Nous sommes d’avis qu’une réelle consultation et la prise en compte des besoins des Innus de l’époque aurait entrainé une superficie accrue et donc un meilleur accès au fleuve, à la baie des Escoumins, ainsi qu’à l’Anse-à-Bélanger où se pratiquaient des activités Innu Aitun. De plus, une telle superficie aurait sans doute éliminé toute possibilité d’exclusion de la réserve de certains passages destinés à donner accès et à permettre aux allochtones de conserver le site stratégique de la Pointe des Escoumins. Cependant, au lieu de chercher à agrandir le site, le Canada s’est contenté de négocier le prix à la baisse. Il en est donc résulté un manque à recevoir pour les Innus de 133 acres, phénomène qui n’est pas apparu avant les recherches de 1992 et qui n’a donc pu faire l’objet d’une revendication avant cette période.

Historiquement, la réserve d’Essipit s’est développée en trois phases distinctes : à partir de la création du territoire fédéral en 1882, jusqu’aux environs de l’année 1985, l’étalement géographique fut attribuable à un facteur démographique soit l’accroissement du nombre de maisons au fur et à mesure que les enfants et petits-enfants se bâtissaient. Il en est résulté une disparition quasi complète des prés cultivables et l’assèchement progressif du marécage du secteur de la rue du Centre. La seconde phase est survenue avec l’adoption de la loi C-31 en 1987, permettant aux descendants des femmes exclues de la bande par la Loi sur les Indiens, de retrouver leur statut autochtone et de s’établir sur la réserve. Une troisième phase est survenue en 2011 avec l’entrée en vigueur de la loi C-3 sur l’équité entre les sexes, ayant permis le retour de nombreuses autres personnes sur la réserve.

Si l’on se rapporte à la première phase, l’agrandissement de la réserve et la construction des premiers bâtiments communautaires se réalisèrent principalement par l’injection de montants issus des revenus autonomes (premières entreprises, pourvoiries, etc.). Puis avec l’implantation du système communautaire qui caractérise Essipit, des processus mixtes de financement (revenus autonomes + mise en commun des ressources et programmes externes) ont pris forme durant les deux autres phases de développement. C’est ainsi que le besoin d’élargir le territoire de réserve est devenu de plus en plus pressant et constitue, plus que jamais, un impératif pour les membres de la bande.

Une séance du tribunal des Revendications particulières s’est déroulée le ……….. 2016 ici-même à Essipit. À cette occasion, la juge …………… a visité la réserve et écouté les témoignages d’aînés qui se souvenaient avoir discuté de la question avec leurs parents ou grands-parents. On s’attend à ce qu’une décision soit rendue en 2017. Il est à noter que dans une cause de revendication particulière comme celle-ci, il n’est pas question d’obtenir du territoire si la cour tranche en notre faveur. Il est plutôt de mise de compenser les pertes encourues par une somme d’argent. Pour ne pas nuire à nos réclamations, nous tairont toutefois les montants que nous souhaitons obtenir.