Devise d'Essipit

POUR NOS PÈRES ET NOS ENFANTS

Historique

Les Essipiunnuat

La présence amérindienne sur la Côte-Nord du fleuve St-Laurent remonte à 9 000 AA. Sur le nitassinan (territoire traditionnel) des Essipiunnuat, qui s’étend d’ouest en est de la rivière Saguenay à la rivière Portneuf, on retrouve près de 90 sites archéologiques préhistoriques et historiques témoignant de l’occupation continue des premiers Amérindiens et des ancêtres des Innus actuels. À ce titre, le plus ancien site archéologique du nitassinan des Essipiunnuat se trouve au Cap-de-Bon-Désir et date de l’Archaïque ancien, soit 8 000 AA.

Nitassinan et mode de vie traditionnel

À la période du contact, les Innus utilisaient et occupaient un vaste territoire qui s’étendait de la rivière Batiscan à la Basse-Côte-Nord et jusqu’au nord des bassins versants des rivières se déversant dans le fleuve et le golfe Saint-Laurent. Les Innus possédaient des connaissances holistiques de leur territoire ancestral et utilisaient/contrôlaient des axes de circulation préhistoriques pour se déplacer à l’intérieur des terres. Traditionnellement nomades et chasseurs-cueilleurs, les Innus se rassemblaient l’été sur les rives des principaux cours d’eau et du Saint-Laurent pour faire des échanges, du commerce et des festins. À l’automne, ils regagnaient l’intérieur des terres en bandes familiales plus réduites et rejoignaient leur territoire dont ils étaient les Kupaniesh (serviteur, protecteur) pour y faire la chasse et la trappe des animaux à fourrure.
Le fondement de la culture innue
Cette forme de déplacement saisonnier entre l’intérieur des terres et le littoral fut qualifiée par les Européens de mode de vie nomadique. Les Innus, pour qui la notion de « propriété » n’existait pas, n’ayant même aucun mot pour l’exprimer, ne possédaient évidemment aucun titre de propriété sur leur terre, selon la tradition occidentale. Cette situation facilita d’emblée l’occupation et la saisie des territoires innus par les nouveaux arrivants. Chez les Innus, il existait plutôt un concept de souveraineté, appelé Innu Tipenitamun. La prise de possession des terres par les colons fut catastrophique pour les Innus. Chez ces derniers, le territoire constitue le fondement même de leur culture; il en est l’épine dorsale. Le nitassinan de chaque Première Nation tisse en effet un lien invisible et pourtant très tangible entre l’individu, la Terre Mère d’où il est issu et qui lui permet de vivre, et le peuple auquel il appartient. Il en est ainsi dans toutes les communautés innues; il en est ainsi à Essipit.

Un lieu de rencontres et d’échanges

Le nitassinan des Essipiunnuat, situé à la confluence des grands axes de circulation à l’embouchure du Saguenay, fut le théâtre de nombreuses scènes de rencontres, d’échanges et de commerce mais aussi d’alliances entre différentes nations amérindiennes puis européennes. Vers la fin du 16e siècle, les navires des baleiniers et morutiers européens qui pénètrent dans l’estuaire moyen du Saint-Laurent associent à leurs activités commerciales la traite des fourrures avec les Amérindiens. Les Innus occupent alors une position stratégique à l’entrée du Saguenay et sont les intermédiaires privilégiés d’un immense réseau commercial autochtone s’étendant dans tout l’arrière-pays. Ils traitent habilement des pelleteries contres divers objets (chaudrons en cuivre, haches, perles, etc.) auprès des marchands et pêcheurs basques, normand ou bretons.

Un lieu de confrontation

Lieu de rencontres, d’échanges et de commerce, le nitassinan des Essipiunnuat en est également un de confrontation. Il le fut d’abord avec d’autres nations autochtones, tels que les peuples de souche iroquienne qui ont longuement occupé un large segment de la vallée du Saint-Laurent, puis avec les nations d’origine européenne telles que les Français et les Anglais. Il est en effet indéniable que la Grande Alliance, signée en 1603 entre le grand chef innu Anadabijou et Samuel de Champlain, fut progressivement compromise alors que s’amorçait déjà la marginalisation des Innus.

Une marginalisation progressive

Comment s’est déroulée la marginalisation qui devait affecter toute la nation innue, et particulièrement les Essipiunnuat, eux qui se trouvaient à la croisée des grandes routes commerciales et au cœur de l’activité économique de la jeune colonie ? Lentement d’abord, puisque les marchands français et, par la suite, ceux d’Angleterre avaient encore besoin des pelleteries, et donc des Amérindiens pour se les procurer. Puis, la marginalisation fut de plus en plus rapide, au fur et à mesure que l’industrie forestière l’emportait sur le marché de la fourrure.

Réorientation des activités économiques

Suite à la création du Domaine du Roy en 1652, les Innus deviennent les principaux fournisseurs des postes de traite et intègrent le commerce des fourrures à leurs activités traditionnelles sur le nitassinan. Au début du 18e siècle, les activités et les besoins de la traite se diversifient et les ancêtres des Essipiunnuat se tournent vers l’exploitation des ressources marines en faisant la chasse au loup-marin et la pêche au saumon. Pour ces raisons, ils prolongent leur séjour sur la côte du Saint-Laurent afin de chasser plus intensément au cours de l’hiver. Vers 1725, le poste de traite de Bon-Désir, appelé Pipounapi par les Essipiunnuat, génère à lui seul environ 600 peaux de loup-marin et 90 barils d’huile.

Invasion et appropriation

Au 19e siècle, alors que diminuent dans l’arrière-pays les captures d’animaux à fourrure et que fléchit le marché des pelleteries en Europe, les Essipiunnuat deviennent de plus en plus dépendants des ressources que leur procurent le fleuve Saint-Laurent et la rivière des Escoumins. Dès la première moitié du 19e siècle, on assiste à une véritable invasion du nitassinan des Innus d’Essipit. Prétextant qu’il s’agit de nomades n’ayant aucun droit sur ces terres, les nouveaux arrivants s’en accaparent même si les Innus occupent toujours le territoire et qu’ils ne l’ont jamais cédé à qui que ce soit. La coutume innue n’a que très peu de valeur aux yeux du gouvernement qui, en 1842, abolit le monopole de la Compagnie de la Baie d’Hudson et ouvre ainsi la voie à la colonisation, au développement de l’industrie forestière en plein cœur du nitassinan et à l’établissement de nombreux clubs privés de chasse et de pêche. Les Essipiunnuat tentent tant bien que mal de s’organiser mais il est déjà trop tard : les pétitions déposées au gouverneur afin que les droits des Innus sur leur nitassinan soient préservés et que leur souveraineté soit reconnue restent lettres mortes.

Création d’une réserve

En 1850, le village des Escoumins prend son essor, emporté par cette marée montante qu’est l’industrie forestière. Une scierie y est en activité depuis bientôt trois ans et la population compte déjà 287 habitants. Ce début de colonisation suffira pour obliger les Innus à quitter la Pointe-à-la-Croix, un site traditionnellement occupé en saison estivale et situé à l’est de la baie des Escoumins. La stratégie gouvernementale de relocalisation des Essipiunnuat dans la réserve de Pessamit (autrefois Betsiamites) ayant échoué, on assiste en 1892 à la création d’une réserve de 0,4 km2 appelé Essipit et où devait s’achever l’œuvre de « civilisation » entreprise par les gouvernements et le clergé auprès des différentes nations autochtones. Les Essipiunnuat ne disparaîtront pas pour autant ! Au début du 20e siècle, l’anthropologue américain Frank G. Speck note leur présence, signalant que : « là même où il y avait la plus grande concentration d’Indiens au nord du St-Laurent (Tadoussac), ne reste plus dans la région qu’une petite bourgade abandonnée à elle-même, dont le territoire traditionnel s’étend de la rivière Saguenay à la rivière Portneuf ».

Développement socioéconomique

Dès la création de la réserve d’Essipit en 1892 débute le lent déclin économique et démographique qui perdurera jusqu’au milieu des années 1970, époque où la communauté rejette enfin toute forme d’exclusion et de dépendance. En 1977, la construction de la salle communautaire marque le coup d’envoi du renouveau des Essipiunnuat. Ce projet, qui fait revivre l’esprit communautaire des Innus, émane d’un groupe de jeunes étudiants fraîchement diplômés. Au cours des années subséquentes, la communauté se dote d’infrastructures de loisirs, renoue avec l’artisanat, met sur pied un corps de police, une radio communautaire et amorce la construction de bureaux administratifs. L’approche communautaire, inspirée des traditions ancestrales, permettra aux Essipiunnuat de mettre progressivement en place une économie diversifiée, mais essentiellement fondée sur le récréotourisme.

Une économie de partage

En 1981, les Essipiunnuat adoptent un nouveau logo et la devise « Pour nos pères et nos enfants » qui guide leurs actions depuis. Au cours des décennies 1980 et 1990, le conseil de bande acquiert six pourvoiries et développe différents types d’hébergement touristique sur son territoire et aux alentours (chalets, condos et campings). En 1993, le conseil se lance dans l’industrie des croisières aux baleines, aventure qui se poursuit toujours de nos jours. Entre 1996 et 2006, Essipit obtient des quotas pour la pêche au crabe et au turbo. Parallèlement, des négociations sont entamées avec les gouvernements pour l’agrandissement de la réserve. Ces dernières se concluront par l’ajout de 0,4 km2 de terres à la superficie déjà occupée. La communauté continue à diversifier son économie et se lance dans la pêche aux oursins avant d’acheter, en 2014-2015, des parts dans une entreprise de kayak de mer. Les entreprises de pourvoiries, d’hébergement, de croisières aux baleines et de restauration développées par Essipit contribuent non seulement à l’accroissement significatif du niveau de vie des membres mais également à l’instauration, parmi ces derniers, d’un sentiment de fierté.

Développement social et culturel

Au début des années 1980, les Essipiunnuat renouent avec leurs traditions tout en regardant vers l’avenir. À cette époque, une prise en charge importante a lieu en matière de développement social et culturel. En 1980, des cours d’artisanat sont offerts dans la communauté, permettant un retour aux savoirs ancestraux. En 1982, des cours de langue, d’histoire et de culture sont dispensés aux jeunes et une première sortie culturelle hivernale a lieu en territoire, favorisant la réappropriation des traditions ancestrales de chasse, de pêche et de piégeage. En 1993, la communauté entame un processus de réappropriation culturelle et adopte l’appellation Essipit. Cette nouvelle dénomination remplacera les termes Indiens des Escoumins ou Montagnais, puis évoluera jusqu’à l’appellation Première Nation des Innus Essipit en usage aujourd’hui. En 2013, l’affirmation culturelle des Essipiunnuat s’accentue par la mise en place d’une nouvelle identification visuelle au sein de la réserve (noms des sites, bâtiments et rues en innu-aimun). Depuis quelques années, la communauté mise également sur la recherche et l’acquisition de connaissances sur son patrimoine, sa culture et son histoire : des recherches sur la généalogie et la toponymie et des fouilles archéologiques sur le nitassinan ont notamment lieu.

Des fondements plus solides

Dans la foulée de l’Entente de principe d’ordre général signée en mars 2004 et dans le cadre des négociations présentement en cours entre le Regroupement Petapan et les gouvernements fédéral et provincial, Essipit cherche à doter son économie de fondements plus solides, s’appuyant sur les ressources naturelles disponibles sur le nitassinan : éolien, hydroélectricité, ressources forestières, minières, etc.

Un espace vital

C’est dans une telle optique de développement socioéconomique que le Conseil de la Première Nation des Innus Essipit réclame aujourd’hui son innu assi. Il s’agit d’un territoire de 442 km2 qui serait prélevé en grande partie à même ses pourvoiries. Cet innu assi inclurait la réserve actuelle, qui n’en serait alors plus une. Il s’agirait plutôt d’un espace appartenant aux Innus et géré par eux, dans le respect de leurs traditions ancestrales.

La Première Nation des Innus Essipit est confiante en l’avenir. Fidèle à sa devise « Pour nos pères et nos enfants », elle tend la main à tous ceux qui croient qu’il vaut mieux vivre dans la paix et l’amitié.

Pour en savoir beaucoup plus sur l’histoire d’Essipit, vous pourrez vous rendre sur le site de wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Essipit